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France - 6 janvier 2010
Par Serge Bonal
Ce compte-rendu est celui de la délégation française (300 participant-e-s) qui a organisé un campement durant une semaine sur le trottoir de l'ambassade de France au Caire.
Le Syndicat SUD/santé-sociaux 78 a immédiatement apporté son soutien à cette initiative, à mandaté un camarade pour y participer et a contribué financièrement à la caisse de solidarité.
Arrivée au Caire samedi 26 décembre, la délégation française de 300 personnes (CAPJPO – ISM- et d'autres associations) s'est installée dans un hôtel en attente de partir en car pour le terminal de Rafah le lendemain soir.
Au sortir de l'hôtel, les autorités égyptiennes ont essayé d'empêcher les marcheurs français de prendre des taxis pour les emmener devant l'ambassade de France, lieu de rendez-vous pour prendre les cars. La police, armée de mitraillettes, empêchait les taxis de s'arrêter et les militant(e)s de monter à l'intérieur. Les marcheurs ont alors contourné la police et se sont engouffrés dans les taxis qu'ils avaient pu stopper.
Rassemblée devant l'ambassade de France, la délégation française a été reçue par l'ambassadeur qui leur a annoncé que les autorités égyptiennes interdisaient la marche sous prétexte de sécurité. Les marcheurs ont alors fait savoir qu'ils ne quitteraient pas le trottoir tant que les cars ne seraient pas là. Peu de temps après, promesse par l'ambassadeur de France que les cars seraient là. Une délégation de 7 marcheurs est partie les chercher. Arrivés au dépôt, 5 cars sur 6 ont été préparés….et refusés aux marcheurs. Les 7 camarades ont alors décidé de rester au dépôt pour faire pression sur la compagnie de cars en accord avec les autres marcheurs qui occupaient le trottoir de l'ambassade ainsi que l'avenue, coupant la circulation sur un des plus grands axes du Caire.
La police et l'armée sont intervenues pour faire évacuer l'avenue et contenir les marcheurs sur le trottoir de l'ambassade. Immédiatement ceux-ci ont été entourés de barrières métalliques et de trois rangées de soldats. L'occupation du trottoir de l'ambassade débutait et durera 5 jours, malgré les pressions et les menaces diverses.
Le campement s'est ainsi organisé pour tenir : point info presse, manifestations quotidiennes sur le trottoir, animations militantes, montage des tentes et des lieux pour dormir, point "vie quotidienne", organisation d'actions avec les autres internationaux, mise en place d'A.G., mise en place de banderoles, organisation de la distribution alimentaire, toilettes mises à disposition par l'ambassade de France…
Tous les autres internationaux se sont vus refuser l'accès à Gaza : les CCIPPP ont vu leurs cars stoppés, des Américains ont été bloqués par la police dans leurs hôtels avec interdiction d'en sortir, les Belges et autres n'ont pu partir pour GAZA.
Le Caire comptait ainsi environ 1300 internationaux qui ne comptaient pas rester silencieux et ni accepter le fait accompli. 43 pays étaient représentés. Ce blocage des internationaux a ainsi été mis à profit pour mener plusieurs actions dans le Caire, mener une campagne médiatique et politique qui a largement été bénéfique.
S'agissant de notre campement devant l'ambassade, celui-ci est devenu un lieu de cristallisation et de regroupement d'internationaux. De nombreuses délégations sont venues apporter leur soutien, voire dormir avec nous : belges, américains, australiens, italiens, allemands, coréens, japonais, etc… américains et italiens ont déclaré vouloir à leur tour occuper le trottoir de leur ambassade.
De nombreuses manifestations de notre groupe et du rassemblement des internationaux ont émaillé la semaine. Du jamais vu depuis les années 1980 en Egypte aux dires des Egyptiens. Notamment manifestation à proximité du musée du Caire, devant l'ambassade d'Israël, mise en place d'un grand drapeau palestinien sur la pyramide de Khéops au Caire par 25 membres de notre groupe…
Toute la semaine, la protestation a fait la une des journaux égyptiens, avec photos en premières pages. La presse française s'est également fait l'écho de la protestation et du pourquoi nous étions présents au Caire. Le problème du mur côté égyptien a été abordé.
La population égyptienne nous a témoigné sa sympathie à toutes les occasions : des taxis qui refusaient d'être payés, des commerçants qui ont baissé leurs prix, de nombreuses personnes qui nous faisaient des signes de victoire ou de solidarité. Certaines en ont fait les frais pour avoir été brutalement repris par la police qui essayait d'interdire tout signe de sympathie de la population et tout contact avec nous. Des journalistes ont été interdits par la police d'approcher notre campement.
Le fait que le gouvernement ait bloqué l'ensemble des internationaux a été une erreur importante. En effet, force est de se poser la question de savoir si les actions menées au Caire n'ont pas été plus médiatiques que si nous avions pu passer à Gaza.
Le campement est devenu le lieu de rendez-vous des internationaux qui n'ont pas arrêté de passer pour témoigner leur solidarité et encourager le groupe de français à tenir. Les médias avaient là un point de fixation avec un type de résistance particulièrement osé pour l'Egypte. Jamais autant de drapeaux palestiniens et de banderoles dénonçant le blocus de Gaza, n'ont été affichés, brandis à la face du dictateur Moubarak. Dans une Egypte à régime militaire, toutes les manifestations sont sévèrement réprimées.
Le gouvernement égyptien a été contraint de montrer son vrai visage. Alors qu'il se présente comme La grande nation arabe avec un discours solidaire des Palestiniens, il a montré qu'il était aux ordres des Israéliens et des Américains en interdisant une marche pacifique de solidarité avec la population de la Bande de Gaza. De même, le mur souterrain qu'il construit avec l'aide notamment du gouvernement français pour empêcher nourritures et médicaments d'arriver à Gaza par des souterrains a été abordé et dénoncé.
Nombre d'Egyptiens ont témoigné de leur solidarité avec les internationaux et ont montré à quel point ils étaient muselés par un régime policier et répressif.
Embourbé entre l'image qu'il souhaite donner à l'extérieur et son naturel répressif, l'Etat Egyptien a hésité entre une répression du mouvement international pour le museler et une attitude "d'accompagnement". La force de l'opinion publique égyptienne, arabe et internationale n'a pas permis au gouvernement égyptien d'opter pour la première solution. De même, la France, par l'intermédiaire de son ambassade, n'a pu se désintéresser de ses compatriotes qui campaient et maintenaient une forte protestation contre le blocus de Gaza. Ainsi, a-t-elle été amenée à prendre un minimum de mesure face à la détermination des manifestants et à demander semble t-il aux autorités égyptiennes de ne pas intervenir violemment contre nous.
Cette victoire politique issue de la détermination des internationaux et du poids de l'opinion publique a permis de faire connaître et de dénoncer les conséquences du blocus de Gaza ainsi que d'en cibler les responsables politiques, tant arabes qu'européens, sans oublier bien sûr l'Etat criminel d'Israël.
C'est la première fois que des internationaux se donnent rendez-vous au même moment, à un même lieu pour réclamer haut et fort la fin du blocus de Gaza et par là même la liberté pour la Palestine.
Un autre rendez-vous sera pris en 2010 pour arriver à casser le blocus de la bande de Gaza maintenu par les Etats israélien et égyptien avec le soutien de la communauté des Etats internationaux.
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6 janvier 2010