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Ramallah - 30 novembre 2004
Par Sarah
Maintenant, le mur continue de l'autre côté de Budrus. La forêt et les montagnes où de nombreuses personnes de Budrus allaient déjeuner et emmenaient paître leurs moutons et chèvres sont maintenant derrière le mur.
La dernière fois que j'étais ici, de nombreuses de familles m'avaient emmené dans cet endroit pour des pique-niques et de belles promenades. Les enfants cueillaient des fleurs et trouvaient des tortues dans les montagnes.
Maintenant les soldats sont là avec des armes pointées en direction du village, harcelant toute personne qui s’approche de la zone de construction pour cueillir leurs olives.
J'ai quitté la Cisjordanie il y a seulement huit mois etc’est supéfiant comment cela a changé. Le paysage continue d’être marqué par des bulldozers, des tanks et des humvees israéliens.
Plus de points de contrôle, plus d'arbres détruits pour tracer la route du Mur construit par le gouvernement israélien, plus de routes exclusivement pour les colons israéliens, plus d'enfants et d'adultes tués de chaque côté, plus de murs en béton, plus d’isolement et de séparation.
Je suis revenue à Budrus cette semaine pour rendre visite à mes amis ici. Naturellement, j'ai été accueillie avec assez de café et de thé pour me faire tenir le reste de l'année et des bonbons et des bonbons et encore des bonbons.
Heureusement, j'ai appris un peu l’Arabe et je peux parfois décliner poliment ces offres. La première nuit que je suis arrivée à Budrus, alors que je rendais visite à mon amie N, nous avons reçu un appel téléphonique.
Les soldats israéliens avaient tué l’un des proches amis de N à Ramallah, quelques instants plus tôt tandis que nous sirotions le thé et jouions avec les gosses.
Les soldats ont dit qu’il y avait un homme recherché dans la voiture.
Le véhicule dans lequel était l’ami de N était rempli de balles, tuant trois Palestiniens. L'ami de N n'était pas un homme recherché. Son corps a été trouvé avec plusieurs impacts de balles dans la poitrine. Il venait juste de se marier et avait un bébé. Après avoir entendu la nouvelle, la joie de notre réunion a rapidement disparu, les enfants ont cessé de ramper sur moi, et le chagrin a rempli nos coeurs.
Que dites-vous à une grand-mère qui a vu tellement la mort et dont le village est encerclé par le mur?
Je suis désolée, mes dollars d'impôts ont très probablement acheté ces balles qui ont traversé la poitrine de votre ami. Je me suis juste assise là et j’ai tenu sa main tandis qu'elle pleurait sans pouvoir se contrôler.
La dernière fois que je suis venue ici, N m'a indiqué qu'elle avait appris à cesser de pleurer parce que si elle commençait à pleurer, elle ne s'arrêterait jamais parce qu'il y a tellement peine chaque jour dans la vie des Palestiniens. Mais là je la tenais pendant qu'elle pleurait, en essayant de retenir mes propres larmes devant elle.
Le jour suivant, je suis allée rendre visite à N pour voir comment elle allait et naturellement elle a dit qu'elle allait très bien et qu’elle était heureuse de me voir mais je pouvais encore voir la peine qui était en elle.
Après 48 manifestations contre le Mur à Budrus, la construction continue. La portion du mur qui était en construction quand j'étais ici est mainternant terminé.
Maintenant, le mur continue de l'autre côté de Budrus. La forêt et les montagnes où de nombreuses personnes de Budrus allaient déjeuner et emmenaient paître leurs moutons et chèvres sont maintenant derrière le mur.
La dernière fois que j'étais ici, de nombreuses de familles m'avaient emmené dans cet endroit pour des pique-niques et de belles promenades. Les enfants cueillaient des fleurs et trouvaient des tortues dans les montagnes.
Maintenant les soldats sont là avec des armes pointées en direction du village, harcelant toute personne qui s’approche de la zone de construction pour cueillir leurs olives.
Je suis allée avec la famille d'Abu Ahmed hier cueillir des olives à peut-être 400 mètres d'où le mur est construit.
Au milieu de la cueillette alors que des adolescentes chantaient des chansons palestiniennes, il y a eu une forte explosion qui a fait trembler le sol. Nous avons tous sursauté et nous nous sommes retournés pour voir une énorme colonne de fumée s’élever dans le ciel.
Apparemment ces explosions se produisent souvent maintenant, pour briser les roches et ainsi le mur peut être construit. Les soldats ne préviennent même pas ou ne s’assurent même pas que personne ne cueille d’olives avant que les explosions se produisent. Des tirs d’armes sont également entendus constamment en provenance d'un camp de formation militaire israélien voisin.
Mes amis ont construit leur maison de ce côté du village pour être près de la belle forêt de pins. Maintenant ils ont vue sur des bulldozers, des soldats, et sur la terre détruite et confisquée. Quand il y a des manifestations près du mur, le gaz lacrymogène des soldats israéliens infiltre leur maison, ce qui rend la respiration difficile à leur fils âgé de trois mois et à la mère âgée. Leur maison de rêve est devenue un chantier de construction pour leur emprisonnement permanent.
Une nuit tandis que j'étais à Budrus, la fille d’Abu Ahmed âgée de quatre ans s'est réveillée au milieu de la nuit en criant, "Jesh, Jesh." ("soldat, soldat.") Elle s’est réveillée en pleurs, trempée et avec de la fièvre. J'imagine que cela arrive à la plupart des enfants en Cisjordanie et à Gaza.
Budrus s'est avéré être un exemple étonnant de résistance. Ils ont gagné l’attention internationale pour leurs 48 démonstrations et leur persévérance.
Pourtant ils seront encore encerclés par un mur avec huit autres villages sans accès aux hôpitaux, à l'enseignement supérieur et à la plupart des emplois.
Budrus a eu de la chance de ne pas perdre plus de terres et d'arbres.
Récemment, le gouvernement israélien a réellement rendu des terres du village qu'il avait confisquées en 1948. Cela est arrivé suite à la lutte implacable de Budrus contre le mur.
Cependant, cette terre ne possède aucun olivier pour remplacer les oliviers détruits à Budrus ou la forêt de pins, qui ont servi de refuge à tant de personnes.
Source : www.palsolidarity.org
Traduction : MG pour ISM-France
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