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Hébron - 26 juin 2013
Par ISM
Témoignage du 24 juin 2013 de l'équipe Khalil d'ISM
Depuis que je suis arrivé en Palestine, j’ai beaucoup entendu parler de l’armée israélienne arrêtant et détenant les enfants. Et pourtant, la première fois que je l’ai vu de mes propres yeux, je suis resté abasourdi. Abasourdi que des personnes – de jeunes soldats – puissent intimider, harceler et arrêter ainsi des enfants. Et tout cela en arborant de larges sourires.

Nous avons été appelés à rejoindre le lieu où est basée l’armée dans Shuhada Street, avec l'information que deux enfants y étaient détenus. Nous avons descendu la rue et passé les checkpoints, non sans avoir été retenus le temps que les soldats "contrôlent" nos passeports et nous importunent. Lorsque nous sommes arrivés à proximité de l’une de colonies illégales d’Hébron, nous avons vu en contrebas une dizaine de soldats rassemblés d’un seul côté de la route, qui se sont dispersés à notre approche. Tandis qu’ils s’écartaient, nous avons compris qu’ils étaient attroupés autour de deux jeunes enfants, âgés d’une dizaine d’années, qui étaient adossés à un mur.
A notre arrivée, un groupe de soldats s’est approché de nous, riant et plaisantant entre eux, essayant de nous parler dans un mauvais anglais. D’après eux, les enfants avaient été pris en train de lancer des pierres dans le souk. Il est risible de penser qu’ils se sentent aussi concernés, alors qu’ils sont caparaçonnés de la tête aux pieds dans leurs équipements militaires, fusils en bandoulière.
Les enfants ont été forcés de se tenir à l’écart, dans l’obscurité, dans une allée pleine de soldats, pendant plus d’une heure. Nous avons demandé aux soldats s’ils savaient où se trouvaient leurs parents, si nous pouvions parler aux enfants, et les ramener dans le secteur sous contrôle palestinien d’Hébron. Toutes nos questions n’ont reçu qu’une seule et même réponse : « non ».
Nous nous sommes assis et avons attendu, faisant des signes de la main aux enfants, nous assurant qu’ils soient informés de notre présence, essayant de les aider. Tenter de parlementer avec les soldats était vain : « Nous attendons des ordres d’en haut », « J’aime les enfants, nous ne faisons rien de mal », « Je ne fais que mon travail »… Tout ce que j’avais en tête était : « Imaginez que vos enfants, ou vos petits frères, ne soient pas rentrés à la nuit tombée, et que vous n’ayez aucune idée d’où ils se trouvent ?! », et cette seule évocation m’apparaissait, sournoise et écœurante. Ne serait-ce que la façon dont ils s’étaient écartés des enfants à notre arrivée, ils savaient bien que ce qu’ils faisaient était mal. Et que la communauté internationale partagerait cet avis négatif si elle en était informée.

Les deux enfants semblaient plutôt calmes le temps passant, allant jusqu’à échanger quelques plaisanteries et changeant de position lorsque les soldats regardaient ailleurs. Nous avons décidé que deux d’entre nous sur les cinq présents sur place allaient retourner jusqu’au checkpoint principal situé entre les secteurs sous contrôles palestinien et israélien. Ce serait l’endroit où les enfants seraient emmenés lorsque/si les enfants finissaient par être relâchés.
Mon camarade et moi avons commencé à remonter Shuhada Street, sous les rires des soldats nous voyant quitter les lieux. Nous avons évidemment été longuement retenus lors du passage du checkpoint situé en cours de route – en fait, suffisamment longtemps pour voir les soldats escorter les deux enfants sur la route que nous voulions emprunter. Il ne nous a pas été possible de les suivre pour s’assurer que les enfants allaient bien car le soldat qui nous avait retenus détenait nos passeports et était en train de "s’assurer de nos identités" par une "liaison radio".
Après une quinzaine de minutes, nous avons récupéré nos passeports et nous sommes hâtés vers le checkpoint principal pour y voir les enfants rendus à l’Autorité Palestinienne, "renvoyés" dans le secteur sous contrôle palestinien.
Tout cela m’a laissé avec un profond sentiment de malaise. Les sourires sur les visages des soldats, la façon dont ils trouvaient acceptable – voire même normal – de retenir des enfants contre leur gré la nuit tombée, leur usage de l’intimidation et leur manifeste abus de pouvoir.
Cela n’est pas forcément évident, mais ces enfants ont eu de la chance – ils n’ont pas eu les yeux bandés, ni les mains attachées, et n’ont pas été battus ou emprisonnés. Mais d’autres le sont. Les enfants de Cisjordanie apprennent en direct chaque jour ce que la brutalité de l’occupation signifie. Mais ils apprennent aussi à résister. J’espère que leur esprit de résistance créera une Palestine où les enfants pourront jouer dans les rues librement et sans peur.
Source : Palsolidarity
Traduction : CR pour ISM
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