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Gaza - 13 mai 2016
Par Isra Saleh el-Namey
Isra Saleh el-Namey est une journaliste basée dans la Bande de Gaza.
La mère a commencé à laver le linge mais la réserve en eau de la maison s'est épuisée. Et malgré une longue journée à l'école, son fils Ahmad, 11 ans, a fait une dizaine fois l'aller et retour de près de 500m avec des seaux pour aller chercher de l'eau à un camion près du bâtiment de la municipalité à Khan Younis, où vit la famille. La lessive devait être faite.
Des enfants palestiniens portent des bidons d'eau potable à Beit Lahia, au nord de la Bande de Gaza, en mars 2016 (Ashraf AmraAPA images)
La mère et le fils sont habitués à cette routine. "La norme, c'est de ne pas avoir d'eau pendant la journée," a dit Abeer à The Electronic Intifada. "C'est très fatiguant pour mon fils de remplir un seau et de le porter sur au moins 400 mètres."
Les fréquentes coupures d'électricité à Gaza ont rendu impossible l'approvisionnement des maisons en eau courant toute la journée. De plus, avec l'été qui approche, Gaza est menacée d'une crise de pénurie d'eau qui a été aggravée par les attaques militaires israéliennes successives et près de 10 ans de blocus.
Muhammad Abu Shamala, un responsable de l'usine d'eau à Khan Younis, décrit la situation comme "catastrophique".
"La pollution de nos ressources en eau a atteint des proportions alarmantes et la salinité de la nappe phréatique continue d'augmenter," a déclaré Abu Shamala.
Les Nations Unies ont déclaré que les Palestiniens à Gaza utilisent en moyenne moins de la moitié du minimum de 100 litres d'eau par personne et par jour recommandé par l'Organisation mondiale de la santé.
En revanche, les colons israéliens en Cisjordanie occupée utilisent 369 litres par personne et par jour.
Mesures de crise
La municipalité de Khan Younis n'a pas la capacité de répondre aux préoccupations croissantes : manque d'infrastructure qui fonctionne et incapacité d'entreprendre des réparations. Les matériaux de construction nécessaires sont ou difficiles ou impossibles à importer à cause du siège imposé par Israël.
"La situation est encore pire l'été," dit Abeer Abu Nimer. "C'est la raison pour laquelle nous devons faire encore plus attention quand nous utilisons l'eau."
Les mains liées, les autorités lancent régulièrement des campagnes publiques d'information pour inciter et aider les résidents à économiser l'eau.
"Nous essayons de faire prendre conscience que ces ressources d'eau doivent être utilisées avec parcimonie ; sinon les prochaines générations vont le payer très cher," dit Abu Shamala.
Eitaf Harb, 31 ans, est certaine que l'eau à Gaza est impropre à la consommation. Elle a déménagé à Khan Younis il y a trois ans lorsqu'elle s'est mariée. Depuis, elle souffre d'irritations de la peau et elle pense qu'elles sont provoquées par l'eau qu'elle utilise pour se laver.
Impropre à la consommation humaine
Harb est née dans le Golfe et elle a commencé à remarquer les réactions de sa peau juste deux mois après son arrivée à Gaza. Elle a montré à la journaliste de The Electronic Intifada des traces brunes sur ses bras et ses jambes qu'elle n'avait pas avant. Son expérience de vie en dehors de Gaza lui donne une conscience plus aiguë de la qualité de l'eau ici.
"L'eau est salée et on ne peut pas l'utiliser sans danger pour le bain ni même pour la vaisselle," dit-elle.
L'eau de Gaza est dangereusement polluée, une situation qui n'a fait qu'empirer avec les bombardements israéliens. Elle contient de tels niveaux de chlorures et de nitrates que les Nations Unies estiment qu'elle est à 96 pour cent impropre à la consommation.
La qualité de l'eau a également été affectée par l'absence d''une infrastructure correcte d'assainissement. Les égouts s'écoulent directement dans la mer, juste devant la côte, ou dans des fosses d'aisance.
Dans les deux cas, ils suintent ensuite dans la seule aquifère sous-marine de Gaza. Les autorités de la Bande sont dans l'incapacité de faire entrer les matériaux nécessaires à la construction d'un réseau d'assainissement adéquat à cause du blocus israélien.
Yasser al-Shanti, le chef de l'autorité de l'eau de Gaza, accuse Israël de la baisse de qualité de l'eau potable à Gaza.
Les bombardements israéliens ont détruit nombre d'usines de dessalement - construites sur des fonds privés ou publics - qui servaient à traiter les eaux usées pour fournir de l'eau potable.
"Nous avons plus d'une centaine d'usines de dessalement, mais très peu sont pleinement opérationnelles à cause des dégâts qu'elles ont subis pendant le dernier conflit en 2014," dit al-Shanti à The Electronic Intifada.
La présence d'usines de dessalement construites sur des fonds privés est un autre casse-tête pour les autorités qui disent qu'elles ne sont pas réglementaires et donc potentiellement dangereuses. Les responsables mettent régulièrement en garde les Gazaouis contre l'achat de telles usines.
Infrastructure chancelante
Al-Shanti estime qu'environ 778 puits souterrains ont été endommagés pendant l'attaque de 2014, sur lesquels seulement 162 ont été réparés. Les chiffres sont difficiles à vérifier puisque beaucoup de puits sont construits à titre privé. Israël a interdit l'entrée des matériaux nécessaires pour entreprendre les réparations urgentes.
Le fonctionnaire a déclaré qu'environ 100 millions de mètres cubes d'eau sont perdus chaque année à cause de l'insuffisance d'infrastructure. Les fortes pluies hivernales auraient pu réapprovisionner les réservoirs s'ils fonctionnaient correctement, mais al-Shanti estime qu'au lieu de cela, 60% de l'eau de pluie s'infiltre tout simplement dans la mer.
Pour aggraver le problème, une diminution des terres agricoles et une croissance des zones peuplées assèchent le sol qui ne peut absorber l'eau de pluie.
"A force de consommer l'eau de notre réservoir, elle devient plus salée. Il faudrait le réapprovisionner, mais malheureusement ce n'est pas ainsi que les choses se passent," dit al-Shanti.
Pour atténuer la crise, la municipalité de Gaza achète maintenant 5 millions de mètres cubes d'eau supplémentaires chaque année à Israël, le double du montant précédent. Mais le réservoir al-Muntar qui avait été construit pour recevoir l'eau supplémentaire a été détruit par Israël en 2014, a dit al-Shanti, et Gaza ne peut pas utiliser la quantité totale d'eau achetée.
"Nos installations ne peuvent pas recevoir la totalité de la quantité d'eau que nous achetons, à un prix élevé," dit-il. "C'est pourquoi il faut que nous les développions de manière à recevoir les quantités d'eau livrées."
Source : Electronic Intifada
Traduction : MR pour ISM
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