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ISM France - Archives 2001-2021

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Salfit -

Des soldats enlèvent un fermier de Salfit et menace de lui tirer dessus.

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Avec cette air incroyablement calme qu'affichent les Palestiniens face à une injustice aussi insensée, Abdel Kareem dit « Nous sommes censés essayer d’entamer un processus de paix ici et nous sommes tous les deux responsables de celui-ci. Qu’ai je fait pour te menacer ? Regarde le visage de mes enfants, la façon dont ils te regardent. Veux-tu qu’ils grandissent en te haissant ? »

Village de Marda - Région de Salfit.

Mohamed traverse la route qui sépare son petit village, Marda, des oliveraies de l'autre côté, là où il a effectué sa récolte durant les dernières semaines. Derrière lui, un âne, sa femme et une petite fille le suivent.

Vendredi dernier, pendant que Mohamed ramassait des olives avec sa famille, un camion de l’armée est arrivé, des soldats en sont descendus et lui ont dit, de façon très agressive, qu’il ne devait pas approcher les arbres de l'oliveraie près de la route, sinon qu'ils allaient l’arrêter. Ils n’ont donné aucune raison. Le fermier, calme, a demandé une présence internationale pour récolter le reste des olives et en réponse un groupe de personnes d’ISM de Tulkarem est venu Lundi matin. Mardi, nous avons été rejoint par Abdul Kareem à qui appartient l'oliveraie, sa famille et quelques autres familles du village, tous aidant au travail.

Récolter les olives est une façon magnifique de passer la journée en Palestine. Le soleil brillait de façon chaude sur nos visages, les enfants jouaient dans nos jambes, la grand-mère nous pinçant les joues, et secouant les mains vers le ciel, remerciait Allah de notre aide. Marda est un village endormi avec des maisons en pierre, des poules et des chèvres errant sur des chemins de boue et de poussière, et de grandes familles prêtes à vous happer par leurs embrassades incroyablement hospitalières. De façon ironique, la Palestine est l’un des plus beaux endroits que j’ai visité. C’est aussi trop facile d’oublier pourquoi vous avez été invités, pour aider à la récolte d'abord.

Le deuxième après midi, j’étais montée dans un arbre, quand des petites filles sont venues en courant vers nous criant « Jesh ! » (soldats). Deux autres internationaux et moi, Aldo d’Italie et Jaume, un Basque, avons couru au bord du champ où un camion militaire s’était arrêté sur le bord de la route. Trois soldats debouts, tenaient leurs fusils et nous regardaient dans le champ. On voyait tout de suite qui était le sergent parmi eux : le plus petit et le plus méchant des trois. Il fit un signe à Mohamed de monter dans le camion et celui ci, visiblement très intimidé, a baissé la tête et est monté calmement.

A mes questions :
Quelle loi n’avait pas été respectée?
Quel était leur permis?
Qu'est ce qui représentait une menace?
Etaient-ils effrayés par des olives?
Ils ont répondu par une menace d’arrestation. Dès qu’il a vu la caméra, le sergent s’est précipité vers moi, et si je n’avais pas fait semblant d’être au téléphone avec la presse, il aurait réussi à l’attraper. Et en raison de cela, je n’ai pas eu le temps d’appuyer sur le bouton pour enregistrer.

Avant qu’ils ne s’en aillent, le sergent a pris l’autre fermier, Abdul Kareem à part, et lui a dit que s'il le revoyait encore une fois près de ce champ, ils viendraient chez lui chaque jour et feraient de sa vie un enfer et tueraient ses enfants. Et S'il osait nous répéter cette conversation, à nous, les internationaux, il serait exécuté. Après ça, ils s’en allèrent, nous laissant debout dans le champ, la paix bafouée et les yeux de sa jeune femme fixés sur le camion.

15 minutes plus tard, le camion est revenu suivi d’un immense bulldozer. “C’est l’un d’eux qui a tué Rachel Corrie” dit Aldo. Alors que le moteur tournait encore, le sergent est descendu dans le champ où Abdul Kareem et sa famille pliaient les draps installés sous les arbres pour récupérer les olives. Le soldat s’est approché du fermier qui comprend l’hébreu et lui a dit qu’il devrait bien regarder le bulldozer car celui-ci allait bientôt déraciner ses arbres.

Avec cette air incroyablement calme qu'affichent les Palestiniens face à une injustice aussi insensée, Abdel Kareem dit « Nous sommes censés essayer d’entamer un processus de paix ici, et nous sommes tous les deux responsables de celui ci. Qu’ai je fait pour te menacer ? Regardes le visage de mes enfants, la façon dont ils te regardent. Veux tu qu’ils grandissent en te haissant ? » Le visage du sergent était fermé, de pierre, et il lui repondit qu’il était un soldat fou et qu’il n’avait pas besoin de raisons ou d'excuses pour faire quoi que ce soit.

«Maintenant je vais tirer sur ton ami Mohamed » dit-il, avant de tourner le dos et s’en aller. Le bulldozer a fait quelques manœuvres en direction du champ devant lequel étaient postés Aldo et Jauma avant de suivre le camion. Un appel du bureau de presse d’ISM m’a assuré qu’ils feraient ce qu’ils avaient dit, aussi vite qu’ils le pouvaient. Je n’avais qu’une petite idée de ce que cela signifiait, alors que j’étais dans le champ avec Abdul Kareem ressentant de la rage et de l’impuissance.

Je suppose que la Palestine est le type d’endroit où les camions de CNN passent fréquemment, aussi nous avons certainement eu de la chance que celui ci, en particulier, s’arrête et vienne écouter l’histoire. Derrière celui-ci suivaient deux autres camions remplis de personnes des Rabins pour les Droits de l’Homme et de B’tselem, venus grâce au communiqué qu’ils avaient lu au bureau de presse. Pendant que le reporter de CNN se promenait en faisant des interviews et en se montrant important, ces groupes pour les droits de l’homme ont rempli les champs avec une cinquantaine de personnes, et, comme des termites, ont nettoyé tous les arbres de toutes leurs olives, en deux heures.

Abdul Kareem et surtout ses enfants, étaient là et regardaient, étonnés, tous ces Israéliens et ces juifs du monde entier, arrivés quelques minutes après l’incident, qui les soutenaient et qui ont fini le travail puis s’en sont retournés quelques heures après. C’était vraiment un moment merveilleux et un spectacle très touchant.

Pendant que le ramassage avait lieu, un conducteur de camion local s’est arrêté pour nous dire qu’il avait vu le camion qui avait pris Mohamed, garé à 5 km en amont de la route. Un mot rapide à CNN et ils ont, caméra en main, poursuivi le camion militaire. Lorsqu’ils l’ont rattrapé, ils ont demandé au sergent pourquoi il avait arrêté Mohamed. Alors que Mohamed était allongé sur le sol du camion, il les a entendu dire qu’ils ne gardaient personne en détention.

Mohamed avait été trimbalé dans ce camion pendant plusieurs heures, jusqu’à ce qu’ils arrivent au milieu de nulle part. Parmi des champs et loin de toute maison, ils l’ont menotté et lui ont bandé les yeux avant de le frapper salement sur le dos et les jambes.

Le sergent, nommé David, criait tout le temps en disant «Tu n’as rien fait de mal mais je vais simplement te tuer parce que tu es Palestinien et que je déteste les Palestiniens.» A travers le coin du bandage, Mohamed a vu David attacher un silencieux à un pistolet et dire aux autres «Tuons-le».

Alors qu’il me racontait ceci, Mohamed a dit «et j’ai entendu ceci et j’ai pensé ‘au revoir Mohamed, plus de Mohamed maintenant’.. »
Les autres soldats, voulant très probablement trouver une excuse pour arrêter ce lunatique, lui ont rappelé que les internationaux avaient été témoins, et que, peut être, ils avaient pris des photos et que CNN avait aussi pris une photo, que c'était trop risqué de tuer Mohamed, et qu'ils devraient plutôt le laisser partir.
David les a apparemment écouté et après un avertissement qu’il serait tué, sans hésitation, s'il racontait à quelqu’un cette épreuve, ils l’ont laissé partir. Après une marche de 3 heures, Mohamed est rentré à la maison dans sa famille, à Marda.

Térrifié comme il l’était, le jour suivant, il a accordé une interview à CNN qui voulait la suite de l’histoire. Il a raconté toute l’histoire et a nommé les trois soldats, David, Tomer et Ishmai.

Je ne peux m’empêcher de penser a quel point il a été incroyablement courageux. Nous, les internationaux, avons quitté Marda et l’équipe de CNN est de retour dans les appartemments confortables de Jérusalem, pendant que Mohamed est assis dans sa maison, écoutant les camions de l'armée israélienne passer lors des incursions de nuit.
Et David est toujours libre, quelque part, et n’a à répondre devant personne.

Source : www.palsolidarity.org

Traduction : BM

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