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Cisjordanie occupée - 19 novembre 2019
Par Megan Giovannetti
15.11.2019 – Khaleel Shaheen est étudiant à l'Université Birzeit de Ramallah (1). Quand il a appris que quatre amis proches et camarades de classe avaient été arrêtés par les autorités israéliennes, il n'est pas allé sur le campus pendant cinq jours. En tant que bénévole de la Campagne de Birzeit pour le droit à l'éducation - un groupe dirigé par des étudiants qui surveille les violations israéliennes contre les étudiants - Shaheen a du mal à poursuivre son travail aussi normalement que possible pendant cette dernière vague de répression contre les étudiants.
Octobre 2015 – l’arrestation sanglante d’Ahmed Walid Hamid, étudiant à Birzeit, pendant une manifestation pacifique (vidéo)
"Je suis tellement en colère", m'a-t-il dit. "Je me sens si impuissant. Je ne peux pas aller à l'école. Je ne peux pas me concentrer. Je ne peux pas fonctionner pour aller en cours."
Selon la Campagne pour le droit à l'éducation, 20 étudiants ont été détenus par les autorités israéliennes depuis le début de l'année scolaire en cours. Ce n'est pas nouveau. Depuis 2004, plus de 1.000 étudiants inscrits à Birzeit ont été arrêtés, dont 80 sont toujours dans les prisons israéliennes. 17 d'entre eux sont actuellement placés en détention administrative, procédure qu'Israël utilise systématiquement pour maintenir indéfiniment en détention des Palestiniens, sans inculpation ni jugement.
Les étudiants se voient souvent refuser l'accès à un avocat pendant une période pouvant aller jusqu'à 60 jours et sont soumis à des interrogatoires et à des traitements durs en garde à vue israélienne. La plupart sont enlevés chez eux en pleine nuit ou même directement sur le campus.
Addameer (2), une association palestinienne de soutien aux prisonniers et de défense des droits de l'homme, m'a dit que 250 étudiants de diverses universités palestiniennes se trouvent actuellement dans des prisons israéliennes. "Il y a aussi environ 190 enfants palestiniens détenus et emprisonnés dans les prisons israéliennes, dont 20 ont moins de 16 ans", a précisé le chargé de plaidoyer d'Addameer. "Ces enfants sont tous des élèves du primaire ou du secondaire."
Dans une déclaration exclusive à MEMO, l'Université de Birzeit a décrit cette escalade des arrestations comme une politique israélienne ciblant les étudiants qui ont des affiliations politiques et qui militent. "Ils ciblent les étudiants qui sont très actifs dans le mouvement étudiant à l'université ", explique Shaheen. "Ils ne s'en prennent pas aux gens au hasard."
L'Université de Birzeit est le seul établissement d'enseignement supérieur de Cisjordanie qui organise des élections étudiantes, avec des représentants de tous les partis politiques palestiniens. Dans une société qui n'a pas tenu d'élections générales depuis 2007 - d'où l'impasse dans laquelle se trouve le système politique et un président dont le mandat a pris fin il y a dix ans - les élections de l'Université de Birzeit sont l'un des seuls moyens de mesurer l'opinion publique.
"Ces élections sont très, très importantes à la fois pour le gouvernement [palestinien] et pour l'occupation [israélienne] [parce que] elles dépeignent les rues... et ce pour quoi les nouvelles générations votent", a déclaré Shaheen. Il a confirmé qu'aucun membre d'un parti politique en particulier ne semble être visé ; des arrestations ont lieu dans tous les groupes politiques.
Birzeit semble être ciblé parce que ses étudiants ont la réputation d’être politiquement actifs. "Les étudiants se soucient tellement de la politique, a ajouté Shaheen. "Ils se soucient de ce qui se passe dans la rue." Il m'a parlé des manifestations hebdomadaires que les étudiants organisent pour soutenir les prisonniers, les réfugiés et les martyrs, ou simplement pour réclamer leur droit à l'éducation.
Le Conseil des étudiants a le pouvoir de rassembler les étudiants et de leur donner une voix. "Pour les Israéliens, c'est dangereux. C'est dangereux pour eux d'avoir des étudiants actifs qui ont une voix et des opinions, et qui influencent les opinions des autres."
L'année dernière, une vidéo (ci-dessous) a été filmée en direct du campus de Birzeit ; on y voit le président du Conseil des étudiants, Omar Kiswani, être enlevé par les forces israéliennes clandestines. La vidéo et divers rapports montrent six officiers en civil frappant Kiswani et tirant en plein jour.
Widad Bargouthi, professeur de médias à l'université de Birzeit, a été arrêté lors de la dernière vague d'arrestations israéliennes fondées sur une loi militaire d'"incitation". Selon Addameer, l’inculpation se fondait sur ses messages sur les réseaux sociaux, bien qu'ils relèvent des principes journalistiques fondamentaux de la liberté d'expression.
"Je pense que la plupart de ces arrestations [ont lieu] pour créer un climat de peur au sein de l'université", a dit Shaheen. Ca a dissuadé les étudiants de publier des messages sur les réseaux sociaux ou même de simplement participer aux cours. "Ils veulent que les étudiants aient peur de tout."
Interrogé à ce sujet, le porte-parole de l’armée israélienne a indiqué que ces affaires font l'objet d'une enquête par Shin Bet, l'agence de sécurité intérieure, et qu’il ne pouvait communiquer aucune information. Tout ce qu’il a accepté de dire est que "Les étudiants qui sont en détention ont été soupçonnés d'attentats terroristes au cours desquels des citoyens israéliens ont été tués". Aucun détail sur les "attentats terroristes" spécifiques en question n'a été fourni.
Une obligation de silence sur toutes les affaires d'étudiants a été prescrite le 10 septembre et a été renouvelée à deux reprises. La mesure en cours expirera le 7 décembre, ce qui limite la capacité d'Addameer à les défendre. L'ordonnance - demandée par Shin Bet - n'a pas été rendue par un tribunal militaire, mais par un tribunal civil de Jérusalem. "La session était à sens unique, sans la présence des prisonniers ou de leurs avocats", a déclaré le chargé de plaidoyer d'Addameer.
L'Université de Birzeit a déclaré à MEMO que la politique israélienne d'arrestation d'étudiants et d'enseignants constitue une "grave violation" des droits fondamentaux à l’enseignement et aux libertés universitaires. "La réalité, c’est la transformation de l'enseignement supérieur en Palestine d'espaces sûrs où les étudiants peuvent grandir, exceller et s'exprimer librement, en zones où les étudiants sont en grand danger sur et hors campus.
La répression d’Israël contre l’enseignement palestinien criminalise des centaines de jeunes. Ce n'est pas le fait d'une véritable démocratie.
(1) https://www.birzeit.edu/
(2) http://www.addameer.org/
Source : Middle East Monitor
Traduction : MR pour ISM
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