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Cisjordanie - 6 juillet 2012
Par Khaled Amayreh
Comme presque toujours, le comportement de l'Autorité palestinienne (AP) est pathétique, et il n'y a malheureusement pas d'autre manière de le décrire. Des articles récents révèlent qu'Israël a essayé d'obtenir un prêt de 1 milliard de dollars auprès du Fonds Monétaire International (FMI) pour le compte de l'AP. Cependant, l'organisme mondial a rejeté la demande israélienne, arguant qu'il ne veut pas créer un précédent, à savoir un Etat obtenant un prêt pour un organe non-étatique.
Manifestation contre les violences policières, Ramallah, mardi 3 juillet (photo Abbas Momani/AFP)
Comme on pouvait s'y attendre, les responsables de l'AP, embarrassés, ont refusé de confirmer l'information, affirmant qu'ils n'étaient pas au courant. L'agence de presse pro-autorité Ma'an a rapporté que le ministre palestinien de l'Economie, Jawas Naji, aurait dit qu'il n'en avait entendu parler que par les médias. De même, le ministre des Finances de l'AP, Nabil Qissis, a refusé de répondre à des demandes téléphoniques sur la question.
Les dénégations de l'AP sont bien difficiles à croire et nous ne pouvons qu'invoquer le proverbe arabe : "S'ils savaient, ce serait une calamité, et s'ils ne savaient pas, ce serait pire." Parce que dans le cas où ils savaient, le scénario le plus probable, et qu'ils n'ont pas informé les masses palestiniennes de ce qui se passait, ils ont violé leur confiance et caché à leur peuple des informations vitales. Et dans le cas où ils ne savaient pas, cela veut dire qu'ils n'assument pas honnêtement leur responsabilité en laissant "des agents anonymes" mener le bal dans leur dos.
Identifier ces agents n'est pas très difficile. Selon les médias israéliens (vous voyez, les Palestiniens savent ce que fait leur gouvernement par les médias israéliens !!!), c'est le Premier ministre Salam Fayyad qui a demandé au gouverneur de la Banque d'Israël Stanley Fisher de trouver un prêt au nom de l'AP pour la sauver du dépôt de bilan de de la banqueroute.
Stanley Fisher
Si c'est le cas, M. Fayyad doit être tenu pour responsable de ce comportement humiliant qui donne l'impression qu'Israël et l'AP sont de bons amis et non des ennemis. Qu'en est-il du fait qu'Israël est l'occupant de notre patrie, le voleur de notre terre, l'assassin de notre peuple, le tueur de nos enfants et l'usurpateur de nos droits ? Tout ceci a-t-il été escamoté, comme si les crimes de l'occupation dans notre pays et la répression implacable de notre peuple étaient secondaires et sans importance ?
Bien sûr, la question ici n'est pas le prêt en lui-même, mais le fait de ramper devant Israël, qui blesse ce qui reste de notre dignité nationale. L'AP aurait pu demander à un tiers de solliciter le prêt. Mais la relation ombilicale entre le Judenrat palestinien et les maitres israéliens s'impose toujours, même si les responsables de l'AP font de leur mieux pour tromper ce même peuple qu'ils prétendent servir.
Les ramifications de cet épisode stupide, sinon traître, ne se limitent pas à la sphère morale ou éthique. La signification politique d'un appel à l'aide d'Israël sur la scène internationale est accablante. C'est la preuve que l'AP n'est rien de plus qu'un protectorat israélien totalement asservi à la puissance occupante.
En outre, comment nous, Palestiniens, pouvons-nous convaincre le monde que l'occupation doit prendre fin et qu'un Etat palestinien viable doit être établi le plus tôt possible quand même notre autorité, qui est moins qu'un Etat, ne peut survivre sans la bonne volonté et le soutien d'Israël ? Quand la survie et la prospérité d'un peuple dépend du bon vouloir de son ennemi, cela veut dire que le chemin vers la liberté et l'indépendance va être long et ardu.
Personne ne peut nier que l'AP va de crise en crise. Il est aussi vrai qu'Israël est la racine ultime de la plupart, sinon de tous ces problèmes. Cependant, on ne peut absoudre l'AP de toute responsabilité.
Elle était censée être la première étape vers la réalisation de l'Etat palestinien. Mais il semble maintenant que le plus gros obstacle empêchant cette réalisation est l'AP elle-même, à moins que l'entité recherchée soit un bantoustan ou un judenrat appartenant et asservi à Israël.
L'AP affirme, et elle a plutôt raison, que l'occupation israélienne, qui contrôle le moindre recoin des territoires occupés, l'empêche de bâtir une économie prospère. Eh bien, si tel est le cas, l'AP permet de fait à Israël de manger le gâteau de l'occupation, l'entité sioniste gardant par devers elle tous les actifs et laissant tous les passifs aux Palestiniens à travers l'AP.
En clair, l'AP devrait soit se démanteler parce sa survie est d'un intérêt primordial pour Israël, soit refuser ses diktats.
Nous disons que la survie de l'AP est dans l'intérêt israélien parce que, au moins pour ce qui concerne l'entité sioniste, rien ne lui serait plus dommageable que la perspective de l'établissement d'un véritable État palestinien digne de ce nom, au lieu d'une entité soumise et dépendante. L'AP est en effet confrontée aujourd'hui à un réel dilemme : soit chercher sa survie en étant à la disposition d'Israël, soit agir de façon indépendante et perdre le soutien israélien, au risque d'un effondrement financier.
Un autre récent comportement honteux des services de sécurité de l'AP est la répression brutale des manifestations qui protestaient à Ramallah contre le projet de visite du vice premier ministre israélien Shaul Mofaz. Mofaz est un criminel de guerre certifié et notoire dont les mains sales sont entachés de tonnes de sang palestinien innocent, dont celui de centaines d'enfants.
Shaul Mofaz (AP Photo/Gadi Kabalo)
Beaucoup de jeunes pourvus d'une conscience ont jugé qu'il était indécent et humiliant de recevoir le tueur d'enfants à Ramallah après tout ce qu'il a fait à notre peuple, d'où les manifestations pacifiques.
Mais les forces sécuritaires de l'AP se sont liguées contre les manifestants, les ont sauvagement matraqués, provoquant des réactions de colère et beaucoup de consternation dans l'opinion publique.
La direction de l'AP a prétendu que le but de la visite, qui a finalement été annulée sous la pression populaire, n'avait rien à voir avec une possible reprise des pourparlers de paix moribonds avec l'Etat sioniste. De quoi allaient donc discuter Abu Mazen et Mofaz ? De la météo exceptionnellement chaude ou peut-être de l'Euro-2012 de football ?
Il est vraiment triste et lamentable de voir le peuple palestinien trahi par ses dirigeants. Les Palestiniens, qui ont fait d'énormes sacrifices pour leur libération, méritent réellement une meilleure direction.
Traduction : MR pour ISM
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Khaled Amayreh
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